Bonnes années !

4 01 2011

À l’exercice des voeux, au lieu de compter en année singulière, je vais le faire par lot : bonnes années, bonne décennie !

Une ambitieuse campagne étatsunienne donne une date-butoir à l’éradication du cancer du sein :

2020.


Le compteur est lancé… ça semble impossible ? peut-être, mais au pire, si vraiment le nouvel an 2020 n’a rien de fondamentalement nouveau à déclarer à son 1er janvier, alors on en sera au même point qu’aujourd’hui. Par contre, au mieux, la guérison prendra tout son sens : mettre le cancer et l’espoir qui va désespérément avec au rancart.

La sensibilisation très spécifique aux choses du cancer du sein a atteint son degré de confiance maximum. Et c’est là que le bât blesse : la prévention et la guérison ont marqué le pas.

Une armée de femmes dociles, empoisonnées et découpées, ont gagné les rangs d’un optimisme bienséant… Pendant ce temps, le cancer, lui, continue son paisible bonhomme de chemin et touche de plus en plus de femmes… pendant ce même temps, il en emporte à peu près autant qu’il y a 20 ans.

Avec le recul d’une lenteur bien involontaire, peut-être un peu présomptueuse, on a probablement perdu une génération dans la lutte contre ce cancer si spécifique qu’est celui du cancer du sein. Il reste un paquet d’optimisme à avoir : pour tenir, et pour dire l’urgence qu’il y a à l’être.

En plus d’être malades, il nous est demandé d’être activement malades : instruites et participatives dans nos soins. Et c’est ce que nous sommes devenues : des femmes intelligemment malades.

Les frémissements d’une lutte plus ferme contre le cancer du sein se font sentir un peu partout dans le monde : des associations, des coalitions, des blogueuses, des auteur(e)s de livres engagés, bougent et se font entendre.

En 1971, le président américain Richard Nixon annoncait une victoire totale sur le cancer pour le bicentenaire de l’indépendance : 1976. Raté. Je préfère de beaucoup le récent engagement du président Clinton auprès de la National Breast Cancer Coalition, pour une ambitieuse campagne qui se donne non pas un rêve mais un but : la fin du cancer du sein en 2020.

Date-butoir. Deadline, un anglicisme très usité. Deadline et femmes bien vivantes !

Ne nous trompons pas, les États-Unis sont souvent précurseurs en matière de fédération d’énergies à une cause… et ça traverse toujours les océans, l’octobre rose vient bien du grand ouest (Estée Lauder). Avec les réseaux sociaux, les océans rétrécissent. Et c’est tant mieux !

Bonne année, mais surtout bonne décennie, celle-là va radicalement changer la donne.


NBCC The Breast Cancer Deadline 2020 —-> ici





Sensibilisation à la sensibilisation

16 10 2010

Octobre rose : le mois de la mobilisation contre le cancer du sein.
Dans le monde entier, depuis une quinzaine d’années, octobre est le mois de sensibilisation au cancer au sein. Et parce que le symbole d’engagement dans cette lutte est un ruban rose, on parle d’Octobre Rose.

C’est aussi un mois de formidables actions : solidaires, comme la grande course parisienne Odyssea ; participatives, comme le nouveau texte collectif actuellement en écriture par les Impatientes. C’est le mois de la campagne nationale en faveur du dépistage organisé. C’est le mois de nombreux focus sur la maladie dans les média. C’est le mois où tout se colorise de rose : même le blanc de la Maison… Blanche américaine.

Le meilleur et le pire se croisent, les engagements solidaires côtoient des accessoires très reprochables, tel un rouleau de PQ ou une balayette marqués du sceau du fameux ruban rose.

Mais est-ce vraiment un mois d’information sur la maladie ?
Est-ce vraiment un mois d’actions en matière de santé publique ?

De nombreux proches de malades, touchés et immergés dans les questions relatives au cancer du sein ignorent même l’existence de la colorisation de cet octobre ! Une sensibilisation de personnes déjà concernées ressemble plus à un signe de ralliement qu’à une lutte engagée qui rallie d’autres forces à sa cause.

Avec le temps, quelques roses octobres plus tard, force est de constater une permanente absence d’avancées dans la prévention et dans la connaissance de l’oncogénèse : ce cancer reste mortel dans des proportions sensiblement les mêmes qu’il y a 20 ans. Les femmes jeunes restent souvent abandonnées dans l’auto-diagnostic ou le diagnostic accidentel. Le seul facteur de risque qui soit indiscutable, c’est d’être une femme. Ahh.

Le cancer du sein a son ruban, mais ni d’origine ni de fin avérées. La sensibilisation mène alors à quoi, sinon à elle-même… circuit fermé mais en expansion, ça me rappelle quelque chose… cancer quand tu nous tiens !

Il est temps qu’octobre soit aussi exigeant que rose. Regardons par le petit bout de la lorgnette : au lieu d’enjoliver la cause en la teintant de rose, donnons de la gravité à cette (très belle) couleur.

Le nom de ce blog y fait référence : Rosarosir, parce que le ruban n’est pas vraiment rose, pas encore.





le supermarché de la sensibilisation

12 01 2010

Les statuts colorés de Facebook ont la couleur de la bonne humeur.

Cette frivolité a été suffisamment sérieuse pour faire le tour du monde au rythme du soleil. Et chaque femme a fait sien ce jeu de couleurs. Que le bien fondé de ce gigantesque mème soit avéré ou pas, quelle importance ? Le cancer du sein a encore besoin que l’on parle beaucoup de lui. Mais de lui et bien de lui. Et de lui bien.

Afficher ses couleurs n’est pas une industrie qui génère un profit direct. Par ricochet quelques fondations et associations ont gagné de nombreux membres, tant mieux, l’action a besoin d’énergie. Par ricochet de ricochet les militantes montent au créneau, tant mieux, leur lutte s’affiche, leurs dérangeantes questions sont diffusées.

Dans le commerce de la sensibilisation, le cancer du sein est déjà une affaire scandaleusement juteuse. Il est symptomatique qu’un supermarché lui soit dédié, le ruban rose y est décliné sous toutes les formes imaginables (bijou, taie d’oreiller ou même crucifix). Comment ce supermarché peut-il exister et pourquoi porte-t-il le nom de BC Mall, littéralement le " centre commercial du cancer du sein "  ? 10 % des revenus vont à la recherche. Le solde va à quoi ? et pour qui ? Je sais que la réponse N’est PAS : lutter contre le cancer du sein.

Une campagne de sensibilisation nécessite maintenant une campagne de financement. En janvier une fondation (américaine) lance une campagne pour récolter des fonds qui lui permettraient de lancer une campagne sur l’auto-palpation. Ouf. L’idée en soi est intéressante mais nécessite beaucoup de pédagogie. Le truc s’emballe et devient un concours de bienfaisance, flonflons inclus, juste une course au financement, perdant de vue le message initial de l’auto-palpation dans le cadre du cancer du sein.

Lutter c’est toujours contre ou pour, pas avec.

Cette dispersion des énergies et des messages me rappelle quelque chose… serions-nous en phase de cancérisation de la sensibilisation ?

La légèreté des couleurs Facebook est franchement bienvenue. Jolies poupées russes. Un tout petit message dans un joyeux contenant, loin de la logique inverse des supermarchés.

le supermarché : http://thebcmall.stores.yahoo.net/
la pré-campagne de l’auto-palpation : http://www.feelyourboobies.com/








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