vive l’éphémère !

14 03 2011

L’aventure Flash’blog aura été assez formidable. Le surprenant nombre de visites, et l’écho qu’en auront fait quelques média, marquent bien le besoin d’une parole réaliste autour du cancer du sein.

J’ai adoré développer ce qui semblait au début être une idée un peu folle, avec Catherine Cerisey, une amie chère on- comme off-line. Puis la contribution des blogueuses auteures qui se sont jointes à nous a fait le reste : alchimie de la diversité.

Un énorme merci, bourré d’émotion et de tendresse pour les flasheuses IsabelleDeLyon, Brume d’Avril et Cerize… devenues un peu plus que des frangines.

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Les billets de chacune ont été rapatriés sur nos blogs respectifs, voici donc le mien :

Faible en avancées, fort en clichés,
le cancer du sein : un cancer si féminin.

Le sein n’étant déjà pas considéré comme une simple partie anatomique du corps humain, il aurait été surprenant que, malade, sa pathologie ne se différencie pas à son tour des autres, dans le milieu médical comme au sein (!) du grand public.

En plus des traitements thérapeutiques rarement anodins que nécessitent les cancers, celui-ci a droit à un traitement de faveur. Chargée en toxines et en clichés, une femme touchée par ce cancer si sexué, est envoyée au combat la fleur au fusil… docile, élégamment perruquée et imprégnée d’idées positives. À écouter de nombreux et sincères marques de compassion, ce cancer du sein devrait être requalifié de "cancer de la chance".

Les effets secondaires de traitements, bien que trentenaires pour certains, doivent être acceptés sans trop de manières, résultat oblige. Une large majorité de cancéreuses s’entendent garanties d’une "guérison" statisticienne, dans laquelle aucun médecin ne voudra les inclure… et qui a le défaut majeur de n’être en fait qu’un taux de survie à 5 ans.

Parce qu’une femme a un rang à tenir, c’est pudiquement, voire secrètement, qu’elle souffrira, et c’est avec le sourire qu’elle est priée d’aborder sa thérapeutique comme une page d’une légèreté telle qu’elle se tournera aisément. Pour celles qui persistent à en pipeletter, le cliché disponible dans les rayons de la bienséance est une glorification de leur état : non seulement elles ont surpassé la maladie, mais en plus le cancer les a bonifiées… telles des "She-roes" pour reprendre un jeu de mot étatsunien*.

Un cancer qui se guérit, une aérienne page qui se tourne, des survivantes incapables de toute récidive : le cancer du sein ne tue pas, délicat et gracieux comme celles qu’il habite… Du fait de son hôte, un cancer développant ses premières tumeurs dans un sein acquiert une légèreté insoutenable, qui emporte avec elle la lourdeur des traitements et la gravité de son pronostic.

Une femme peut y perdre un sein ; parfois aussi, du fait des traitements, sa fertilité ; et la vie pour beaucoup trop d’entre elles. Dans tous les cas, elle y perd un pan entier d’existence. Le cancer du sein n’attend pas le nombre des années, de plus en plus distant de la retraite, il vient interrompre une vie en pleine construction, tant sur le plan professionnel qu’amoureux ou maternel et parental.

Dans l’état actuel des connaissances, il n’existe pas de prévention primaire avérée. Le dépistage se fait à grande échelle… et dépiste des cancers installés. Comment ce dépistage peut-il être considéré comme une avancée majeure dans la lutte contre le cancer du sein, quand il meurt à peu près autant de femmes qu’il y a 20 ans, qu’il y a un temps où le dépistage n’était pas massif ? Si le dépistage est un progrès, ce n’est pas parce qu’il s’adresse à des patientes ancestralement accoutumées à la patience qu’il doit être considéré comme une fin en soi. Prévenir vaut mieux que guérir : la Recherche a encore un sacré boulot.

À l’heure actuelle, il semble difficile d’imaginer qu’une femme n’ait pas entendu parler de cancer du sein. Les campagnes dites de sensibilisation multiplient des actions qui ont plutôt tendance à replacer la femme au centre d’un jeu traditionnellement et donc pour l’occasion dramatiquement fashion, plutôt qu’à briser les tabous. Peindre tout en rose, les monuments, les objets comme les témoignages, ne fera certainement pas avancer la lutte. Porter un ruban rose en signe d’engagement dans la lutte contre ce cancer a un sens qu’il serait dommage de voir perverti par un marketing débridé. Après le greenwashing écolo, nous voici dans le pinkwashing, dû au rang très féminin de cette pathologie. Les entreprises partenaires y gagnent souvent un substantiel bénéfice, la Recherche, elle, beaucoup moins.

Non, le cancer du sein n’est pas un rite initiatique qu’une femme doit vivre pour s’inscrire dans son temps.
Des femmes, même bourrées d’optimisme, meurent.
Les médecins avancent et découvrent la complexité de cette pathologie ; à l’image des femmes, ce cancer se précise comme étant pluriel, dans sa genèse comme par ses facteurs.

Maintenant il est temps d’urgentiser la cause.
Et aujourd’hui, si le cancer du sein doit s’inscrire dans un indiscutable droit, c’est celui d’un espoir réaliste, vraiment réaliste… avec obligation de résultat à brève échéance.

Catirosi, 
48 ans, 2 cancers, 1 par sein. Mastectomie (1999), tumorectomie (2008). Chimio et radiothérapie dans les 2 cas. En rémission à ce jour.
Créatrice du Souti1©, soutien-gorge asymétrique pour 1 seul sein.

* She-roes : jeu de mots anglophone, contraction de Elle et Héros, initié par Gayle Sulik, auteure de "Pink Ribbon Blues"





Mobilisation de blogueuses

8 03 2011

Pour répondre à de nombreuses demandes,
le Flash’blog continue quelques petits jours…
On est épatées de son succès, tant mieux, le message passe !!!


 

 

http://flashblog8mars.wordpress.com/





Sensibilisation à la sensibilisation

16 10 2010

Octobre rose : le mois de la mobilisation contre le cancer du sein.
Dans le monde entier, depuis une quinzaine d’années, octobre est le mois de sensibilisation au cancer au sein. Et parce que le symbole d’engagement dans cette lutte est un ruban rose, on parle d’Octobre Rose.

C’est aussi un mois de formidables actions : solidaires, comme la grande course parisienne Odyssea ; participatives, comme le nouveau texte collectif actuellement en écriture par les Impatientes. C’est le mois de la campagne nationale en faveur du dépistage organisé. C’est le mois de nombreux focus sur la maladie dans les média. C’est le mois où tout se colorise de rose : même le blanc de la Maison… Blanche américaine.

Le meilleur et le pire se croisent, les engagements solidaires côtoient des accessoires très reprochables, tel un rouleau de PQ ou une balayette marqués du sceau du fameux ruban rose.

Mais est-ce vraiment un mois d’information sur la maladie ?
Est-ce vraiment un mois d’actions en matière de santé publique ?

De nombreux proches de malades, touchés et immergés dans les questions relatives au cancer du sein ignorent même l’existence de la colorisation de cet octobre ! Une sensibilisation de personnes déjà concernées ressemble plus à un signe de ralliement qu’à une lutte engagée qui rallie d’autres forces à sa cause.

Avec le temps, quelques roses octobres plus tard, force est de constater une permanente absence d’avancées dans la prévention et dans la connaissance de l’oncogénèse : ce cancer reste mortel dans des proportions sensiblement les mêmes qu’il y a 20 ans. Les femmes jeunes restent souvent abandonnées dans l’auto-diagnostic ou le diagnostic accidentel. Le seul facteur de risque qui soit indiscutable, c’est d’être une femme. Ahh.

Le cancer du sein a son ruban, mais ni d’origine ni de fin avérées. La sensibilisation mène alors à quoi, sinon à elle-même… circuit fermé mais en expansion, ça me rappelle quelque chose… cancer quand tu nous tiens !

Il est temps qu’octobre soit aussi exigeant que rose. Regardons par le petit bout de la lorgnette : au lieu d’enjoliver la cause en la teintant de rose, donnons de la gravité à cette (très belle) couleur.

Le nom de ce blog y fait référence : Rosarosir, parce que le ruban n’est pas vraiment rose, pas encore.





Le ruban trop rose

18 08 2010

Dans le monde entier, pendant chaque mois d’octobre, un simple ruban rose peut être porté en signe d’engagement dans la lutte contre le cancer du sein. On parle d’octobre rose.

Cette année, il est proposé "d’allier élégance et raffinement" à son signe évident d’engagement… avec le comble du ruban rose : le ruban qui n’a de rose que l’or qui le compose, créé par un joaillier, vendu au prix exorbitant de 320 euros et qui vole le nom-même du symbole : Ruban Rose.

La moitié des bénéfices seront reversés à une asso (dont la volonté caritative ne fait aucun doute), d’accord ; et l’autre moitié !? C’est simplement un joaillier qui dit merci au cancer ; cancer qui lui-même doit être effrayé par tant de vindicte.

Puisqu’une maladie se monte en broche, je m’interroge sur le design d’un bijou dédié aux hémorroïdes… un rang de perles !?

La limite de la décence est dépassée, l’engagement est perverti, et je mets quiconque au défi de me regarder en face avec ce bracelet au bras et d’essayer de m’assurer de sa solidarité.









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