2012, viendra le temps de…

8 01 2012

Avant d’en être au temps des cerises, j’aimerais que celui des quiches cessât.

Fêtes de fin d’année, fête des nénés : le scandale des prothèses mammaires PIP aura été une dramatique illustration de l’estime dans laquelle la santé est tenue quand elle se résume à une question exclusivement féminine.

On commence par un escroc qui s’affranchit de toute vigilance et de toute déontologie, et qui se contrefout de l’endroit où finira sa came, quand bien même ce serait à l’intérieur d’un corps humain.

Il aurait pu être isolé : un escroc, dramatiquement patron d’une entreprise de matériel médical. Il aurait pu être le seul protagoniste de cette catastrophe sanitaire. Mais non ! ! ! Les heureuses bénéficiaires de ses saletés sont des femmes avec un problème de femme : leur nichons. Qui devaient être soit augmentés, soit reconstruits… Alors on a lâché les clichés et le mépris.

Après la "découverte" du scandale, le traitement de l’affaire aura lui-même été symptomatique de celui qu’on accorde aux obéissantes simplettes que nous sommes. Accessoirement, ça fait 10 ans  que ces prothèses sont bannies outr’atlantique… un détail.

Une fois le problème (enfin !) mis à jour, la presse s’est emballée, avec des titres raccourcis à l’extrême, allant jusqu’à exprimer l’exact inverse de ce que qui était démontré dans l’article lui-même.

Et le problème est devenue une affaire : tout comme l’annonce du cancer, les femmes ont eu à attendre pour se retrouver avec une décision de santé publique incompréhensible.

D’abord l’annonce de l’annonce, puis l’annonce elle-même, puis l’annonce d’une décision inverse à l’énoncé de l’annonce. C’est abscons. Normal, on s’adresse à des quiches. En clair : le scandale jaillit après des années d’omerta et on dépêche des experts qui doivent en quelques petits jours rendre un avis que l’on écoutera pas. Le Ministère recommande officiellement "de proposer aux femmes d’explanter les prothèses" tout en claironnant l’absence de danger. Le Ministère ne dit pas de faire, il recommande de proposer de. Nuance !

Après les journalistes, les pouvoirs publics scalpèlent : on n’explique pas, on impose une contradiction. On ne calme pas, on crée une panique.

La femme valide devra choisir de vivre dans la trouille ou d’explanter ses seins sans ergoter : soit sage et tais-toi ; hier tu faisais du 90C et demain tu arriveras au bureau toute aplatie.

La femme cancéreuse n’aura une fois de plus que ses yeux pour pleurer.

La femme intelligente, la patiente éclairée n’a à aucun moment et d’aucun point de vue existé dans cette affaire PIP. C’est choquant de bout en bout.

Aucune de ces prothèses PIP n’auraient du être implantées. Mais, pour une info strictement médicale, qui aborde en toute objectivité la vraie question du risque de cancer lié à l’implant des prothèses, l’avis du médecin-journaliste JD Flaysakier est précieux : à lire ici.

2012 sera le temps de nouveaux repères : j’aime voir La Ligue devenir combative et engagée avec son nouveau président Gilbert Lenoir (dénonçant déjà la réforme des indemnités journalières, accompagnant maintenant les victimes PIP)  ; j’aime voir l’INCa reprise en main par une femme de service public, la professeure Agnès Buzyn.

Tchô 2011, vive 2012 !





Les hommes naissent égaux entre-eux …

23 04 2010
… mais certains
sont plus égaux que d’autres.


L’Institut National du Cancer (INCa) a publié cette semaine un rapport sur la survie des patients atteints de cancers en France. Ce rapport va au-delà des chiffres et inscrit un nouveau mot dans le panorama du cancer : la guérison.

Le vocabulaire d’un statisticien et d’un médecin diverge : l’un parle de guérison, l’autre de rémission ; l’un fanfaronne et l’autre s’interroge.

La guérison d’un statisticien c’est : "le taux de survie relative à 5 ans". Un statisticien proclamera un cancéreux guéri quand, 5 ans après le diagnostic, il retrouve la même espérance de vie que l’ensemble de la population de même âge, de même sexe et n’ayant pas eu de cancer… et dont on présuppose aujourd’hui que la survie à 5 ans est prédictive de la survie à 10.

Pour continuer dans les chiffres (j’adore), en matière de cancer leur comptabilité est imprécise, ils sont eux-mêmes issus d’une projection statistique (la Maison du Cancer 02/2010)

Et pour couronner le tout il faut bien noter "qu’il ne s’agit pas de données nouvelles, mais d’une nouvelle façon de les analyser". Un état des lieux vieux de 10 ans, les plus récentes des données de ce rapport datent de 2001…

J’enchaîne : quand on a des chiffres, on les classe. Le tiercé perdant proposé par l’INCa est celui du pronostic : le bon, le moyen et le mauvais.

Là je m’arrête et je publie mon propre rapport : je crie!!!

À mon tour me lâcher en prospective : je pressens une déferlante de guérisons dans les manchettes des journaux. Et la cancéreuse que j’ai été, que je suis peut-être encore, va encore morfler : parce que face à une crise existentielle, je recevrai une fin de non recevoir. T’es guérie, tourne la page ; sois belle et tais-toi.

J’ai déjà perdu assez d’années de liberté et de longévité pour ne pas me laisser pourrir la survie par un statisticien. Mon cancer du sein est dans le peloton du "bon pronostic", il n’empêche qu’il est inexpliquablement récidiviste.

"Le risque résiduel à 10 ans en cas de cancer du sein est estimé entre 1,7 et 2,3 %, les valeurs les plus faibles étant observées chez les femmes âgées de 45 à 64 ans". Bingo : je retourne dans la case du minuscule 1 %. On me l’a déjà faite celle-là.

> Je veux guérir, je n’attends rien d’un statisticien, c’est la médecine qui va le faire. Très bientôt si on continue tous à exprimer une pressante exigence. Il est urgent d’être optimistes !
> Je veux être acceptée socialement, d’abord malade, ensuite avec des séquelles : ce sont les mentalités qui vont le faire.

Ou alors oui : je vais voir mon banquier et je lui refais le coup de l’emprunt immobilier, mais cette fois équipée du rapport de l’INCa. Ça le fera rigoler, je l’ai déjà poussé à la crise de nerf en 2002 (cancer n°1 + 3 ans). J’ai eu mon emprunt, oui malade, oui en survie, il a pris le risque d’être payé, il l’a été, entre 2 cancers.

On ne brise pas un tabou en l’édulcorant. On le fait d’abord exister, un peu à la façon d’un coming out.

Amoureusement,
affectueusement,
maternellement,
professionnellement,
amicalement,
financièrement,
jovialement vôtre,

Cathie, acharnée de survie.

La citation exacte de Coluche : Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres








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