Non, je ne serai pas une "nouvelle" amazone

19 10 2010

Octobre rose, ce "Rosobre" 2010, aura été largement dédié aux amazones : un tabou se fissure, mais les voix et les voies se précisent aussi…

L’article signé par MF Colombani dans le magazine ELLE a fini d’ébranler la foi que j’avais placée dans l’action de l’association "les amazones s’exposent". Loin du travail d’orfèvre et du ton collectif qu’Anja Unger a réalisé dans son documentaire la rédaction donne libre cours au parti pris unilatéral de cette asso.

Voici quelques Non qui font que je me dissocie après m’être associée, investie et engagée auprès d’amazones, qui vont maintenant jusqu’à revendiquer l’appellation.

Non, je ne serai pas une AOC, une amazone d’origine contrôlée.

Non, je ne grossirai pas les rangs d’une tribu qui s’assure la bonne santé des chiffres qui la composent, en oubliant qu’une femme sur 4 tombera au combat.

Non, je n’ai pas refusé d’emblée la reconstruction : de techniquement différée, elle a ensuite été sujette à questions, puis lentement un choix s’est opéré ; me ré-apprivoiser a été un long et douloureux travail.

Non, la reconstruction chirurgicale n’est pas d’ordre esthétique, elle est réparatrice et chirurgicalement virtuose ; le seul progrès à en attendre est un cancer maîtrisé… or la tendance est malheureusement à une forte hausse des cancers du sein chez les femmes jeunes (< 45 ans), qui conduisent presque immanquablement à l’ablation, parce que cette "jeunesse" est très souvent corollaire d’une forte agressivité de la tumeur.

Non, ce n’est pas l’absence de fringues spécifiquement dédiées qui m’empêche d’ôter ma prothèse pour, par exemple, aller au resto avec des amis ; rien ne m’empêche de vivre une grande partie de mon temps sans prothèse, rien ne m’empêche de vivre l’autre partie avec…  Ce n’est pas le maillot de bain qui fait nager…

Non, je ne clamerai pas mon droit à la différence en la camouflant obligeamment.

Non, je ne reviendrai pas sur ma nouvelle identité corporelle, je lui trouverai juste une autre appellation.

Je quitte le rang de ces amazones qui se proclament nouvelles et qui piétinent le formidable travail qu’elles avaient initié. D’une liberté reconquise, elles créent une doctrine digne de leur antique référence : tribale. Avec reine et soldates.

Perdre un sein dans une lutte contre le cancer ne me met pas dans la position de vénérer le sein restant, mais bien dans celle de créer un nouveau corps, asymétrique, différent… et de m’engager ouvertement pour montrer que c’est juste de l’ordre du possible, sans lois, sans obligations, sans uniformes.

Les médecins doivent entendre que nous sommes nombreuses, mais surtout pas que nous en sommes heureuses.
Parce que le cancer du sein commence toujours par abîmer, ma lutte à son égard reste entière.

PS : la photo qu’Art Myers a faite de moi torse nu existe en 2 exemplaires : un qui appartient totalement à l’association, et l’autre que j’ai offert à mon onco-chirurgien.

ici, lien vers l’article de l’hebdo ELLE





Projection du film d’Anja Unger

10 04 2010


Il y a maintenant un an et demi, j’ai participé à quelques séquences du tournage d’un film documentaire sur les femmes amazones, celles qui ont perdu un sein dans leur lutte contre le cancer, et qui n’ont pas eu recours à la reconstruction chirurgicale, pour la plupart par choix.

Le moment était assez particulier pour moi : à l’époque j’étais en chimio contre le cancer n°2 tout en parlant de cancer N°1, celui qui m’avait faite l’amazone dont on recueillait le témoignage. Le cancer était à nouveau là, dans toute sa brutalité, et moi dans mon enragement à continuer une vie douce d’amazone sereine.

Making-of de la prise de vue d'Art Myers, un moment du tournage © Perrine Henault

Ce film va être projeté en avant-première dans quelques jours : le sujet existe maintenant, un film a été monté, va être projeté : les amazones gagnent en visibilité. Je n’ai aujourd’hui aucune idée du film dans son ensemble et de l’âme que la réalisatrice y aura insufflé. Sinon le texte qui suit, qu’elle m’a envoyé et qui m’enthousiasme :

"En 2000, suite à un cancer, Annick a subi l’ablation d’un sein. Elle a choisi de rester “asymétrique”. Mais le regard que portent les autres sur son corps reste blessant. Pour rompre le tabou et le silence sur les conséquences du cancer, elle monte avec d’autres femmes un projet d’exposition artistique autour de l’idée du ‘corps amazone.’

Avec l’aide du photographe américain Art Myers, le film questionne au-delà de la maladie cette réappropriation du corps qui est aussi un retour à la vie. Par ce jeu de regards et de représentations, “Le corps amazone” interroge la vision de la femme et de la beauté féminine soumis aux normes de la société. Annick est le fil rouge de notre récit. Le film la suit pendant la mise en place de l’exposition qui questionne notre vision du corps féminin.

Le travail du photographe approche la nudité du corps en apprivoisant le regard et en permettant ainsi la découverte de ces corps autrement que dans un mouvement de recul. L’image se révèle dans la mise en lumière de la pose. Il importe que le film donne à voir ces femmes, uniques et belles, autrement.

Luce, Bénédicte, Cathie et Lyne, femmes-amazones, chacune engagée différemment dans la bataille pour la vie, nous font découvrir à la fois leur force et leur fragilité, leur cicatrices, leur féminité et leur beauté.

Le film confronte des points de vue et déplace un tant soit peu le regard consensuel à travers l’image de ce qui pourrait apparaître pour certains comme irrecevable, l’ablation d’un sein.

Voir autrement, n’est-ce pas aussi comprendre autrement ? Si “le corps amazone” n’est pas un film sur le cancer du sein à proprement parlé, la maladie n’en est cependant pas moins présente, et ce, de façon indirecte. Evoquer le cancer fait penser à la mort, néanmoins, ce film est devenu une ode à la vie et à la beauté des femmes."

Anja Unger, réalisatrice.


Projection du film documentaire "le corps amazone" (74′)
Mercredi 5 mai 2010 à 20h30
Forum des Images, salle de l’Auditorium (2 rue du Cinéma, Forum des Halles, Paris)

L’accès est libre, RESERVATION PAR MAIL : assistant.wild-eye@wanadoo.fr
La séance sera suivie d’un débat en présence de la réalisatrice, des producteurs et de protagonistes du film, ainsi que de représentants de l’Institut Curie.


Anja Unger (réalisation), Arlette Girardot (image), Pascale Mons (son), Productions de l’Oeil Sauvage, © Art Myers (photographe)





Soutien-gorge asymétrique

31 01 2010


J’ai la joie de vous faire part de l’éclosion d’un projet auquel je travaille depuis un an et demi.

Il s’agit de la création d’un soutien gorge asymétrique pour 1 seul sein, et du site qui l’accompagne.

Je n’ai pas voulu être cancéreuse, je n’ai pas voulu être amazone, mais ça c’est fait, je n’ai pas eu le choix.
Je suis entrée en résistance contre la maladie, sans le vouloir.
Je suis devenue active dans l’acceptation des amazones, sans le chercher.
Ce chemin imposé est sans doute ce qu’on appelle destin.

Mais il a une autre caractéristique : c’est le chemin des généreux.
Toutes les personnes qui ont participé au développement de ce projet m’ont offert une générosité dont j’ignorais la puissance. Tous.

Et je suis toute à la joie de pouvoir enfin parler publiquement de ce soutien-gorge asymétrique, mais aussi envahie par cette force qu’on trouve à croiser les grands généreux.

Je vous propose de cliquer sur ce lien et de vous promener sur le site du Souti1©, vous y comprendrez son pourquoi, son pour qui, son comment et sa très prochaine diffusion.
Vous pouvez aussi vous servir de ce blog comme d’un forum pour y dire vos impressions.

Bien à vous, Cathie.

http://www.souti1.com/








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