2012, viendra le temps de…

8 01 2012

Avant d’en être au temps des cerises, j’aimerais que celui des quiches cessât.

Fêtes de fin d’année, fête des nénés : le scandale des prothèses mammaires PIP aura été une dramatique illustration de l’estime dans laquelle la santé est tenue quand elle se résume à une question exclusivement féminine.

On commence par un escroc qui s’affranchit de toute vigilance et de toute déontologie, et qui se contrefout de l’endroit où finira sa came, quand bien même ce serait à l’intérieur d’un corps humain.

Il aurait pu être isolé : un escroc, dramatiquement patron d’une entreprise de matériel médical. Il aurait pu être le seul protagoniste de cette catastrophe sanitaire. Mais non ! ! ! Les heureuses bénéficiaires de ses saletés sont des femmes avec un problème de femme : leur nichons. Qui devaient être soit augmentés, soit reconstruits… Alors on a lâché les clichés et le mépris.

Après la "découverte" du scandale, le traitement de l’affaire aura lui-même été symptomatique de celui qu’on accorde aux obéissantes simplettes que nous sommes. Accessoirement, ça fait 10 ans  que ces prothèses sont bannies outr’atlantique… un détail.

Une fois le problème (enfin !) mis à jour, la presse s’est emballée, avec des titres raccourcis à l’extrême, allant jusqu’à exprimer l’exact inverse de ce que qui était démontré dans l’article lui-même.

Et le problème est devenue une affaire : tout comme l’annonce du cancer, les femmes ont eu à attendre pour se retrouver avec une décision de santé publique incompréhensible.

D’abord l’annonce de l’annonce, puis l’annonce elle-même, puis l’annonce d’une décision inverse à l’énoncé de l’annonce. C’est abscons. Normal, on s’adresse à des quiches. En clair : le scandale jaillit après des années d’omerta et on dépêche des experts qui doivent en quelques petits jours rendre un avis que l’on écoutera pas. Le Ministère recommande officiellement "de proposer aux femmes d’explanter les prothèses" tout en claironnant l’absence de danger. Le Ministère ne dit pas de faire, il recommande de proposer de. Nuance !

Après les journalistes, les pouvoirs publics scalpèlent : on n’explique pas, on impose une contradiction. On ne calme pas, on crée une panique.

La femme valide devra choisir de vivre dans la trouille ou d’explanter ses seins sans ergoter : soit sage et tais-toi ; hier tu faisais du 90C et demain tu arriveras au bureau toute aplatie.

La femme cancéreuse n’aura une fois de plus que ses yeux pour pleurer.

La femme intelligente, la patiente éclairée n’a à aucun moment et d’aucun point de vue existé dans cette affaire PIP. C’est choquant de bout en bout.

Aucune de ces prothèses PIP n’auraient du être implantées. Mais, pour une info strictement médicale, qui aborde en toute objectivité la vraie question du risque de cancer lié à l’implant des prothèses, l’avis du médecin-journaliste JD Flaysakier est précieux : à lire ici.

2012 sera le temps de nouveaux repères : j’aime voir La Ligue devenir combative et engagée avec son nouveau président Gilbert Lenoir (dénonçant déjà la réforme des indemnités journalières, accompagnant maintenant les victimes PIP)  ; j’aime voir l’INCa reprise en main par une femme de service public, la professeure Agnès Buzyn.

Tchô 2011, vive 2012 !





La (très) soutenable banalité de l’être

13 12 2011

Accostage récent sur une terre nouvelle : la traversée aura été houleuse,
la tasse souvent j’aurai bu, mais me voilà à quai.

Nouveau quai. Beau quai. Simple quai.

Avoir dû me battre pendant plus d’un an pour me délester de presque tout tient franchement du gag. Se battre pour ne plus avoir, alors que d’ordinaire on se bat pour acquérir ou au pire pour garder.

Un quai vers une terre de peu de biens, mais tellement pleine de ces riens qui ont un goût de luxe.

Le cancer crée d’étranges comportements : l’ignorer au moment où l’on se fait réceptacle à poisons, PAC directement connecté aux perfusions rouges ; puis l’incruster dans les moindres recoins de vie une fois la cuvée cuvée.

Parce que bien sûr le cancer ne m’aurait pas, pas moi, enfin, voyons.
Je serai au dessus des ordinaires récits de destructions.
Raté : ma vie, mon taf, mon logement, mon rythme, mes objectifs, mes obligations, mes croyances ont basculé. Face contre terre.
Alors j’ai pris le large. D’abord face contre sable, puis face contre vagues. Et voilà ce fameux nouveau quai : et c’est maintenant face face à l’horizon.

J’avais embarqué avec la maladie les devoirs de la vie saine : exceller, par exemple.
Raté.

Les combats menés par soi-même sont d’une déconcertante banalité, on part pour n’en perdre aucun, contrairement aux commun des vivants, et on les perd un à un, comme tout le monde. Parce qu’il était en fait incommensurablement présomptueux d’affirmer faire mieux que les autres, mieux que tous, ceux d’à côté et ceux d’avant.
Les chemins sont beaucoup plus balisés qu’on ne l’imagine.

Beaucoup de bruit pour rien… disait un gars* il n’y a guère que 400 ans…

La banalité de l’être est très soutenable, tout à fait supportable. Si. Vraiment.
Et je crois que là, j’ai gagné.

* Shakespeare
source image : les choristes d’Agnès Baillon





le Parti Contre le Cancer

10 10 2011

Le blog se réveille ! Quelques mois consacrés à de multiples changements, tellement nombreux que ça en est devenu franchement global : vie nouvelle en perspective, en adéquation avec ce que je peux.

Paix en vue, espère-je ! Répartie selon l’équation :
• invalide-travailleuse certifiée,
• descendance émancipée,
• charges matérielles délestées…

… et rentrée avec un billet de choix : l’entrée dans la campagne des présidentielles 2012 du Parti Contre le Cancer.

J’imagine que les 500 signatures nécessaires à une candidature officielle sont en cours de parrainage, mais, à mon niveau de citoyenne cancéreuse, je soutiens totalement cette initiative. La découverte s’est d’abord faite sur le mode de la (très, très) grande méfiance ; le cancer nous a habitués à des opérations – même (et surtout) en dehors du bloc chirurgical – assez douloureusement désespérantes … Mais en analysant le teasing et le site de cette association, en rassemblant les infos, les arguments, et plus particulièrement les contre-arguments concernant l’initiative du Pr Victor Izrael : c’est maintenant avec un franc enthousiasme que je m’engage à soutenir cette démarche, avant tout citoyenne.

La lutte contre le cancer a absolument besoin d’être à nouveau urgentisée ; le fond comme la forme de ce qui s’appelle donc un "parti" peuvent créer le choc et l’envie nécessaires.

Ce qui a achevé de me convaincre, c’est le souvenir d’un certain Michel, agitateur pendant les présidentielles de 1981… Les choses du cancer n’évolue pas si "bien" que ça, trouve-je (déclarations d’autorités à lire dans le Figaro : "2012: Izrael provoque l’étonnement"). Le cancer n’est pas en sommeil : +60% de cas en 20 ans ; bientôt 1 homme sur 2, et 1 femme sur 3, y sera confronté au cours de sa vie.

L’adhésion à un parti revêt toujours une part de militantisme, me voilà donc fervente défenderesse de l’engagement du PCC : rassembler un maximum de soutiens pour peser sur le cours de 2012.

Le Parti Contre le Cancer sur les réseaux sociaux :
Page Facebook et Twitter @partictrecancer

Mise à jour décembre 2011 : juste après son annonce éclatante, ce parti semble mettre beaucoup d’application à se taire. Encore des malins (!) qui jouent avec le cancer !!?… à creuser…





La probabilité du camion

7 07 2010

J’entends beaucoup parler de camions ces derniers temps. Celui, ceux, au pluriel, maintenant que plusieurs s’y mettent, que je suis sensée risquer de croiser en sortant, et sous lesquels je passerais -ais subjonctif-

Le camion se croise toujours au sortir de là où on en parle, et encore plus souvent le lendemain de quand on nous en parle. "En sortant demain, tu peux aussi passer sous un camion", voilà la phrase-camion au complet.

À un an et demi des traitements, les camions entrent en piste.

Ben j’en veux pô.

Si, en inversant la vapeur, ça consiste à raconter à un gars en chaise roulante (qui a donc déjà croisé un bout de camion) qu’il a tort de buter sur les soucis consécutifs à son handicap, parce que comme le monsieur-tout-le-monde-qu’il-est-bien, faut-il-le-lui-rappeler, il pourrait aussi très bien se choper un cancer, comme ça, demain en ouvrant la porte, mais que là tout de suite tout va bien… alors c’est la boulette assurée. Le coup du "paf le cancer"… à essayer, exclusivement par les très courageux.

Le cancer est déjà passé par là, on le guette, "mais il ne faut pas que ça vous empêche de vivre"… promis-juré, c’est ce que je m’efforce de faire et bien et tous les jours, même en dormant… Le cancer a ses propres probabilités, pas très fines ; le mien a son propre pronostic, pas très bon, ça me suffit, je laisse quelqu’un d’autre tournicoter autour des camions.

Par contre, que j’ai eu le temps et l’obligation de penser à une fin proche, ça aucun camion ne l’a embarqué, loin, là-bas, demain.

J’ai le souvenir d’un cauchemar de gamine, de chute dans le vide. Mon Père vient me consoler et me raconte une histoire : qu’il existe des camions spéciaux, ramasseurs et transporteurs de trous ; qu’un jour le conducteur de l’un d’eux entend un grand boum, freine, et constate qu’il a perdu son chargement, un énorme trou ; il recule pour aller le chercher … et tombe dedans. (Radical, plus de cauchemar, juste quelques neurones cramés à essayer de comprendre).

Aujourd’hui, le risque du camion ne me soulagera mathématiquement pas. Alors merci aux utilisateurs de cette métaphore, je sais que c’est bourré de gentillesse, mais promis-juré, aime pô…





Le cancer n’a aucun sens

6 06 2010

J’aimerais que le cancer, surtout celui du sein, soit débarrassé de tous les accessoires dont on l’a affublé, on y verrait peut-être plus clair, on le verrait peut-être mieux. Une vision éclairée, ça aide. A quoi ? à comprendre donc agir efficacement ; à mettre à sa juste place donc arrêter de raconter des bobards ; à connaître donc à intégrer. Une vision éclairée ça aide à avancer.

Mais j’assiste, avec une acuité renforcée par ma récidive, à une bordélisation du truc.

La garantie d’espoir à court terme est périmée, les chercheurs disent tout bas qu’ils comprennent qu’ils comprennent peu. Ce qui laisse libre cours aux paroles … des autres, nombreux bavards. Ce que j’entends relève souvent du cancanage, les facteurs de risque sont débusqués dans d’improbables réalités. Malade de je ne sais quoi pour un tas de raisons. Me v’là bien ! Et en plus j’ai une image à écorner. Le pire, c’est que c’est ça qui me donne le plus de boulot : bousculer les idées reçues.

L’image de cette maladie est souvent utilisée pour illustrer ce qui est considéré comme fléau de société, "être le cancer de quelque chose" aujourd’hui, c’était "être la peste ou la tuberculose" d’autre chose en d’autres temps.

"Tuberculose et cancer ont coexisté au début du XXe (…) Il y a cependant glissement de l’une à l’autre avec le temps comme l’écrivaine américain Susan Sontag l’illustre à propos du nazisme et des Juifs : tandis qu’en 1919 Hitler les accuse d’être « une tuberculose raciale parmi les nations », les nazis les assimileront vite au cancer" *

La peste a perdu sa divine aura ; un bacille a été identifié dans le cas des tourmentés romantiques tuberculeux. Dans la même veine, le cancer ne "va" à personne, le cancer n’a tout simplement aucun sens ; à son tour, un jour, il aura une explication claire. Je suis sûre que ça tiendra en quelques mots, dégageant d’une pichenette les concepts alambiqués et les combinaisons de facteurs de risque qui ne correspondent à personne. Comme la ménagère de 50 ans, la séno-cancéreuse qui se ballade au fil des études est une femme totalement irréelle.

Le cancer doit être regardé comme une pathologie, commentée par des médecins et racontée par des malades. Le reste constitue à chaque fois une inutile violence. La communication n’est déjà pas simple entre nous, soignants-soignés.


Regardez ce image, essayez de compter les points blancs et les points noirs.
Ils sont là où vous regardez, c’est changeant, comme un point de vue …
… ou comme un cancer qui nous ballade.

Après avoir été un fléau relevant du stress, de trop ou pas assez de soja, un mal rongeant et rampant, plus violent dans le traitement que dans la pathologie elle-même, le cancer nous rendra sûrement ridicules quand on passera en revue les causes dont il aura été affublé… un jour, le jour où l’on saura enfin.

Démonisé, puis héroïsé, puis militarisé, puis aujourd’hui banalisé, que restera-t-il demain de l’image générée par le cancer ? la désuétude d’une rengaine qui lasse. Parce que toute cette agitation va lasser, tous ces héros sans victoire avérée vont ennuyer.

Le cancer n’a aucun sens, c’est une maladie ; sera-t-il compris avant l’oubli ?

* Bernard Hœrni 16/12/2005, FNCLCC Fédération Nationale des Centres de Lutte Contre le Cancer
Susan Sontag "La maladie comme métaphore" © Bourgois 2005





Les hommes naissent égaux entre-eux …

23 04 2010
… mais certains
sont plus égaux que d’autres.


L’Institut National du Cancer (INCa) a publié cette semaine un rapport sur la survie des patients atteints de cancers en France. Ce rapport va au-delà des chiffres et inscrit un nouveau mot dans le panorama du cancer : la guérison.

Le vocabulaire d’un statisticien et d’un médecin diverge : l’un parle de guérison, l’autre de rémission ; l’un fanfaronne et l’autre s’interroge.

La guérison d’un statisticien c’est : "le taux de survie relative à 5 ans". Un statisticien proclamera un cancéreux guéri quand, 5 ans après le diagnostic, il retrouve la même espérance de vie que l’ensemble de la population de même âge, de même sexe et n’ayant pas eu de cancer… et dont on présuppose aujourd’hui que la survie à 5 ans est prédictive de la survie à 10.

Pour continuer dans les chiffres (j’adore), en matière de cancer leur comptabilité est imprécise, ils sont eux-mêmes issus d’une projection statistique (la Maison du Cancer 02/2010)

Et pour couronner le tout il faut bien noter "qu’il ne s’agit pas de données nouvelles, mais d’une nouvelle façon de les analyser". Un état des lieux vieux de 10 ans, les plus récentes des données de ce rapport datent de 2001…

J’enchaîne : quand on a des chiffres, on les classe. Le tiercé perdant proposé par l’INCa est celui du pronostic : le bon, le moyen et le mauvais.

Là je m’arrête et je publie mon propre rapport : je crie!!!

À mon tour me lâcher en prospective : je pressens une déferlante de guérisons dans les manchettes des journaux. Et la cancéreuse que j’ai été, que je suis peut-être encore, va encore morfler : parce que face à une crise existentielle, je recevrai une fin de non recevoir. T’es guérie, tourne la page ; sois belle et tais-toi.

J’ai déjà perdu assez d’années de liberté et de longévité pour ne pas me laisser pourrir la survie par un statisticien. Mon cancer du sein est dans le peloton du "bon pronostic", il n’empêche qu’il est inexpliquablement récidiviste.

"Le risque résiduel à 10 ans en cas de cancer du sein est estimé entre 1,7 et 2,3 %, les valeurs les plus faibles étant observées chez les femmes âgées de 45 à 64 ans". Bingo : je retourne dans la case du minuscule 1 %. On me l’a déjà faite celle-là.

> Je veux guérir, je n’attends rien d’un statisticien, c’est la médecine qui va le faire. Très bientôt si on continue tous à exprimer une pressante exigence. Il est urgent d’être optimistes !
> Je veux être acceptée socialement, d’abord malade, ensuite avec des séquelles : ce sont les mentalités qui vont le faire.

Ou alors oui : je vais voir mon banquier et je lui refais le coup de l’emprunt immobilier, mais cette fois équipée du rapport de l’INCa. Ça le fera rigoler, je l’ai déjà poussé à la crise de nerf en 2002 (cancer n°1 + 3 ans). J’ai eu mon emprunt, oui malade, oui en survie, il a pris le risque d’être payé, il l’a été, entre 2 cancers.

On ne brise pas un tabou en l’édulcorant. On le fait d’abord exister, un peu à la façon d’un coming out.

Amoureusement,
affectueusement,
maternellement,
professionnellement,
amicalement,
financièrement,
jovialement vôtre,

Cathie, acharnée de survie.

La citation exacte de Coluche : Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres





Malade (des traitements et) de l’image du cancer

28 03 2010

Photo: Stephen Voss

Le cancer se partage 2 visions : celle de la maladie dans son vécu et sa perception aux travers de témoignages de survie. L’un est privé et l’autre est public. La distorsion entre les deux est saisissante. Si le cancer m’a ouvert les yeux, c’est bien sur les mensonges d’une idéologie nuisible.

En matière d’oncologie, la pensée positive et l’industrie du coaching perso auront fait de gros dégâts : bienvenue à celui qui rentre maintenant dans le monde du cancer, il n’aura aucune alternative : être malade, subir de lourds traitements ET répondre au devoir d’optimisme.

De mon humeur dépend la qualité de mes journées et de l’agrément à les vivre. Mais  cette humeur n’a jamais affecté l’efficacité des chimios. Qu’on soit boudeur, en colère ou envahi d’une joie débridée, le taxotère a la même action, le FEC, la radiothérapie, la chirurgie, etc… aussi. Je ne mets aucune joie surajoutée à vivre des journées presque normales, j’y mets seulement toute mon énergie. Et si je m’y marre c’est que des gens, des situations ou des choses sont drôles.

Accessoirement, dans toute la pharmacopée qui encadrait les perfusions, il y avait des cachetons diablement euphorisants, mais la pénibilité de l’accumulation des cures a eu raison de cet effet : j’ai abordé la dernière taxotère le rouge aux joues mais la joie en berne.

Concernant plus particulièrement le cancer du sein, l’attitude appropriée est celle d’une vraie bimbo : trop contente d’être heureuse de voir la vie en rose – vraiment en rose – la couleur de sensibilisation à cette pathologie-là. Une ultra-féminité paliative ? Une couleur hallucinogène ?

L’obligation de cette pensée positive finit par avoir un effet pervers : isoler ceux qui n’y adhèrent pas et mettre en position d’échec ceux qui succombent à la maladie… voir effrayer quand des pensées négatives osent interférer.  Le cancer du sein se soigne mais ne se guérit pas, il n’existe aucune réelle prévention effective sinon des quota de risques. Tout ce que j’ai de tangible c’est le rose et la béatitude.

Le cancer est maintenant au coeur de ma vie, non pas parce qu’il l’a rendue plus belle, mais parce que je suis maintenant engagée dans la lutte contre ma propre maladie : je veux guérir et, pour ça, commencer par sortir des ornières de la pensée positive qui n’a aucune exigence à l’égard de la médecine et des politiques. Je suis en colère de rencontrer si peu de colère.

Le cancer est au coeur de ma vie et je vais lui pourrir la sienne.

Mon amie S. est morte en se battant, toujours enjouée, ce ne sont pas des pensées pessimistes qui l’ont tuée, c’est le cancer. "Le grand courage, c’est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort." Alors S. a aussi été très courageuse.

La photo est celle de Barbara Ehrenreich, je me suis sentie libérée en lisant un article à son sujet, paru dans The Guardian le 2 janvier 2010 : "Smile! You’ve got cancer"
(avis aux non-anglophones, Google a une fonction de traduction automatique assez grossière mais efficace…)

Citation d’Albert Camus





Décalage horaire

7 03 2010

(Bonjour, je me présente, je m’appelle Cathie, j’ai bientôt 48 ans… ça c’était dans une autre vie, une pas connue. Aujourd’hui j’ai sauté une génération, on va dire ça comme ça, sans donner de chiffre, juste pour indiquer que le temps a changé d’échelle.)

Je recommence : Bonjour, je me présente, je m’appelle Cathie, sans âge,
je suis en décalage annuel.

Parce que le 2ème cancer est aussi arrivé avant la retraite, pour continuer à vivre avec mon âge, j’ai dû considérablement réviser mon sens du confort. Pendant les traitements c’est le seuil de tolérance à la douleur qui est descendu d’un cran, gros cran… Voilà, une série de compteurs bien bas, le choix assumé de continuer parmi les miens, quinqua-parents-travailleurs.

Le piano est un peu loin, l’effort et la résistance à fournir sont maintenant plus importants, souvent ils équivalent à reculer le piano au lieu d’avancer le tabouret ; vu de l’extérieur le résultat est le même.

Vivre avec le cancer, c’est survivre en faisant des choix. L’ordre des choses n’est plus chronologique, il se hiérarchise en terme d’accessibilité. Et si ça dure assez longtemps, j’aurai la chance de rattraper ce décalage annuel, je serai dedans comme dehors, vieillie. Je connaîtrai la douceur de la compassion. Et la quiétude de peu de questions.

Faire des choix, c’est prioriser. Un ordre mouvant. Quand je ne pourrai plus changer les règles du jeu, et faire que le pion continue son tour de plateau, alors je changerai de jeu.





les faux youpi

19 01 2010

Comment rater ses "youpi!" : avoir des à priori.

Quand on dit d’un cancer du sein qu’il n’est pas hormono-dépendant : ne pas dire que c’est une bonne chose. Dire d’un cancer " qu’il n’est pas quelque chose " ça sonne comme un soulagement. Toute négation qui suit l’annonce de cette sale nouvelle semble protectrice.

Le bon youpi c’est qu’avec des récepteurs hormonaux, ce cancer est accessible par un traitement ciblé : l’hormonothérapie, et là il se prend une belle claque. La garantie d’une baffe, c’est déjà bien.

Quand on a un cancer du sein avéré et qu’on n’est pas porteuse d’une mutation génétique BRCA1 ou 2 : ne pas dire que c’est une bonne chose pour soi ; peut-être un peu pour la descendance si elle est née fille, mais qui s’en bat l’oeil si elle est né mâle. On n’est plus dans la zone de sur-risque, on est rentrée de plain-pied dans la réalité du cancer, même sans l’accompagnement de ce gène et de ses gros sabots.

Quand on dit d’un cancer du sein qu’il ne surexprime pas de récepteur HER2 : ne pas dire que c’est une bonne chose, avec du positif, une thérapie ciblée serait envisageable.

Messieurs les médecins, lâchez-vous, dites-nous " super! il est ceci, ou cela ", ne nous laissez pas nous perdre dans des méandres de sémantiques, les résultats anapath sont déjà assez énigmatiques.

En les recevant, j’ai pourtant trouvé ces 3 négatives nouvelles très youpisantes.
Imbécile heureuse.

Quelles sont les caractéristiques d’un cancer qui n’en montre aucune ? Celle d’être juste cancéreux ?

Là y’a pas youpi. Informée pas malheureuse.





Mutation cancérique = normale

20 12 2009

Pendant cette dernière décennie j’ai été abreuvée à la source de la normalité.

Après l’épreuve de cancer n°1, j’ai obligé la vie à redevenir comme avant, j’ai été accompagnée par tous dans cette impasse : les proches, les lointains, les inconnus, les communiquants et les médecins.

Je n’y suis bien sûr pas arrivé, j’ai presque réussi à péter tous les plombs.

Depuis l’arrivée des cancers dans ma vie, s’il y a une chose qui aurait du être considérée comme normale : c’est bien le changement qu’ils allaient occasionner.

Quand je subis un traitement très nocif et toxique, les médecins taxent tout de normalité (le taxotère a normalement attaqué les muqueuses, les rayons ont normalement brûlé la peau, etc…)

Quand je retourne dans le quotidien, l’entourage banalise les séquelles des traitements.

Je dois oublier le cancer, mais je suis priée d’être ponctuelle aux réguliers examens qui scrutent le risque d’une récidive de récidive. Les traitements terminés, on attend que je sois boulimique de vie. Je suis sensée gesticuler d’une incessante bonne humeur, alors que je suis : très fatiguée, j’ai eu très mal, le cancer m’a pris une amie, j’ai beaucoup pensé à la mort.

Et puisque tout baigne dans un océan de normalité, on ne parle jamais de cette mort, sinon pour trouver que c’est une étrange idée, ou que je suis trop sensible. Ma normalité à moi, c’est que je sais qu’elle pue, et que c’est un déchirement, et qu’elle me pend au nez.

Et je le tais ça aussi, sinon on me colle une dépression d’office. J’ai des RV réguliers avec un psy, qui veille sur un risque de vacillement : je suis vidée mais pas dépressive. Comme le marathonien, à la fin de sa course, on ne lui met pas les jambes dans le plâtre, on laisse ses braves petits muscles se défatiguer et on ne lui demande pas de se lancer dans une valse.

J’ai héroïquement continué à vivre une vie ordinaire pendant les traitements, avec la répétitive incantation du proche retour à la normale. Une vie tellement ordinaire que j’ai continué à travailler. Au nom de la normalité, j’ai serré les dents. J’ai appris la différence, j’ai appris la souffrance aussi.

L’image de la maladie a changé, surtout le cancer du sein : on me serine que j’ai de la chance, les campagnes de sensibilisation parlent de 85 %  de guérison quand il s’agit d’un truc abscons : une statistique de survie relative à 5 ans*. Néanmoins, nonobstant, je suis priée d’être joyeuse de me battre contre ce cancer-là, et d’être guérie dès le lendemain de la dernière chimio. Et d’oublier les copines, mauvaises fréquentations de ce fâcheux épisode.

Mais une récidive de cancer ne se laisse pas zapper. Je n’ai jamais été aussi vivante que maintenant où j’accepte de vivre différemment, avec ce cancer et contre lui ; et pour ça de prendre des risques à l’exposer et m’engager dans un témoignage ouvert, dans l’espoir qu’on arrête de demander aux femmes qui débarquent dans les traitements de résister en plus à un inévitable changement. Leur énergie sera comptée, qu’elles la dépensent ailleurs.

Je voudrais voir se banaliser l’accompagnement et le soulagement de traitements encore trop nocifs, plutôt que la maladie elle-même.

Je voudrais voir la qualité de vie de celles qui sont chimiotées s’améliorer réellement, dans leurs réalités à elles. Et à défaut de gros progrès thérapeutiques, parce que le bestiau est corriace, créer une notion d’urgence autour de la recherche sur le cancer du sein qui pue, qui tue, et qui vous change une femme.

P  R  O  C  E  S  S    M  U  T  A  T  I  O  N    C  A  N  C  E  R  I  Q  U  E    O  K

* L’INCa : Les statisticiens estiment qu’un patient ayant eu un cancer a des chances élevées d’être « guéri » lorsque, 5 ans après le diagnostic il retrouve la même espérance de vie que l’ensemble de la population de même âge, de même sexe et n’ayant pas eu de cancer.







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