Octobre rose, ce "Rosobre" 2010, aura été largement dédié aux amazones : un tabou se fissure, mais les voix et les voies se précisent aussi…
L’article signé par MF Colombani dans le magazine ELLE a fini d’ébranler la foi que j’avais placée dans l’action de l’association "les amazones s’exposent". Loin du travail d’orfèvre et du ton collectif qu’Anja Unger a réalisé dans son documentaire la rédaction donne libre cours au parti pris unilatéral de cette asso.
Voici quelques Non qui font que je me dissocie après m’être associée, investie et engagée auprès d’amazones, qui vont maintenant jusqu’à revendiquer l’appellation.
Non, je ne serai pas une AOC, une amazone d’origine contrôlée.
Non, je ne grossirai pas les rangs d’une tribu qui s’assure la bonne santé des chiffres qui la composent, en oubliant qu’une femme sur 4 tombera au combat.
Non, je n’ai pas refusé d’emblée la reconstruction : de techniquement différée, elle a ensuite été sujette à questions, puis lentement un choix s’est opéré ; me ré-apprivoiser a été un long et douloureux travail.
Non, la reconstruction chirurgicale n’est pas d’ordre esthétique, elle est réparatrice et chirurgicalement virtuose ; le seul progrès à en attendre est un cancer maîtrisé… or la tendance est malheureusement à une forte hausse des cancers du sein chez les femmes jeunes (< 45 ans), qui conduisent presque immanquablement à l’ablation, parce que cette "jeunesse" est très souvent corollaire d’une forte agressivité de la tumeur.
Non, ce n’est pas l’absence de fringues spécifiquement dédiées qui m’empêche d’ôter ma prothèse pour, par exemple, aller au resto avec des amis ; rien ne m’empêche de vivre une grande partie de mon temps sans prothèse, rien ne m’empêche de vivre l’autre partie avec… Ce n’est pas le maillot de bain qui fait nager…
Non, je ne clamerai pas mon droit à la différence en la camouflant obligeamment.
Non, je ne reviendrai pas sur ma nouvelle identité corporelle, je lui trouverai juste une autre appellation.
Je quitte le rang de ces amazones qui se proclament nouvelles et qui piétinent le formidable travail qu’elles avaient initié. D’une liberté reconquise, elles créent une doctrine digne de leur antique référence : tribale. Avec reine et soldates.
Perdre un sein dans une lutte contre le cancer ne me met pas dans la position de vénérer le sein restant, mais bien dans celle de créer un nouveau corps, asymétrique, différent… et de m’engager ouvertement pour montrer que c’est juste de l’ordre du possible, sans lois, sans obligations, sans uniformes.
Les médecins doivent entendre que nous sommes nombreuses, mais surtout pas que nous en sommes heureuses.
Parce que le cancer du sein commence toujours par abîmer, ma lutte à son égard reste entière.
PS : la photo qu’Art Myers a faite de moi torse nu existe en 2 exemplaires : un qui appartient totalement à l’association, et l’autre que j’ai offert à mon onco-chirurgien.
ici, lien vers l’article de l’hebdo ELLE

















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