Cachez ce traitement que je ne saurais voir

26 01 2011

Au fil du cancer, traités pour une maladie qui nous a amenés à côtoyer les hommes de sciences, de simples malades, nous sommes devenus des patients éclairés, avant d’être bientôt leurs partenaires.
C’est ce qu’on nous répète et nous demande.

Vais-je être l’alter-ego de mon onco ?
Le cérémonial "Bonjour Docteur" dans cette zone où je suis encore habillée entre salle d’attente et cabinet va-t-il se transformer en un "salut camarade"…

Le travail qui nous est demandé est donc d’apprendre et d’assimiler quelques unes des options que l’onco nous propose. Lui reste bien sûr le grand savant du grand tout, et nous les petits sachant de notre patho bien perso.

Mais la notion de partenariat implique un échange. Or je me sens bien isolée à m’époumoner dans le partage de mes empiriques connaissances avec pas grand monde du monde médical.

J’ai même été rassurée en lisant les propos d’un médecin lui-même devenu cancéreux. Pensée bien peu charitable… mais qui illustre bien le sens unique de ce partage médecin-patient.

Il faut que le médecin soit touché par la maladie pour enfin en comprendre la portée. D’un seul coup rien n’est plus pareil…
"La première réaction, à l’annonce du diagnostic, est toujours la même chez tous : il est normal et banal [...] que ça arrive aux autres, d’ailleurs les cancérologues en vivent ; mais il est tout à fait anormal, étonnant, et même franchement injuste, que ça puisse m’arriver aussi à moi : il y a les autres, et puis il y a moi, ce n’est pas du tout pareil ! [...] Quand ça arrive, c’est la surprise totale, l’imprévu absolu, le sentiment de révolte : Non, pas moi, pas ça, pas maintenant !" (extrait du "Médecin patraque" *)

Ce genre d’étonnement est bien spécifique au cancer : tellement dissocié du possible et du supportable qu’on laisse les pros s’y aventurer : les déjà malades.

Je laisse ce médecin cancéreux à sa découverte de tout ce que je sais ; de la dureté des traitements que l’on prétend en plein progrès, d’une liberté très conditionnelle, du mensonge dans la plupart de ses relations, d’une métaphysique imposée et de quelques autres fatigantes réjouissances.

Soigne-toi toi-même.
D’accord, alors d’abord, écoute-moi.

Que mon onco puisse échapper à la maladie pour vraiment faire dans le partenariat, ce serait quand même plus efficace. Pour moi, un peu ; pour lui, beaucoup.
Le jour où l’onco donnera un traitement qu’il envisagerait même pour lui, alors la guérison sera en vue.

* Site du docteur et romancier Martin Winckler : clic
–> Rubrique Un médecin raconte son cancer





Bonnes années !

4 01 2011

À l’exercice des voeux, au lieu de compter en année singulière, je vais le faire par lot : bonnes années, bonne décennie !

Une ambitieuse campagne étatsunienne donne une date-butoir à l’éradication du cancer du sein :

2020.


Le compteur est lancé… ça semble impossible ? peut-être, mais au pire, si vraiment le nouvel an 2020 n’a rien de fondamentalement nouveau à déclarer à son 1er janvier, alors on en sera au même point qu’aujourd’hui. Par contre, au mieux, la guérison prendra tout son sens : mettre le cancer et l’espoir qui va désespérément avec au rancart.

La sensibilisation très spécifique aux choses du cancer du sein a atteint son degré de confiance maximum. Et c’est là que le bât blesse : la prévention et la guérison ont marqué le pas.

Une armée de femmes dociles, empoisonnées et découpées, ont gagné les rangs d’un optimisme bienséant… Pendant ce temps, le cancer, lui, continue son paisible bonhomme de chemin et touche de plus en plus de femmes… pendant ce même temps, il en emporte à peu près autant qu’il y a 20 ans.

Avec le recul d’une lenteur bien involontaire, peut-être un peu présomptueuse, on a probablement perdu une génération dans la lutte contre ce cancer si spécifique qu’est celui du cancer du sein. Il reste un paquet d’optimisme à avoir : pour tenir, et pour dire l’urgence qu’il y a à l’être.

En plus d’être malades, il nous est demandé d’être activement malades : instruites et participatives dans nos soins. Et c’est ce que nous sommes devenues : des femmes intelligemment malades.

Les frémissements d’une lutte plus ferme contre le cancer du sein se font sentir un peu partout dans le monde : des associations, des coalitions, des blogueuses, des auteur(e)s de livres engagés, bougent et se font entendre.

En 1971, le président américain Richard Nixon annoncait une victoire totale sur le cancer pour le bicentenaire de l’indépendance : 1976. Raté. Je préfère de beaucoup le récent engagement du président Clinton auprès de la National Breast Cancer Coalition, pour une ambitieuse campagne qui se donne non pas un rêve mais un but : la fin du cancer du sein en 2020.

Date-butoir. Deadline, un anglicisme très usité. Deadline et femmes bien vivantes !

Ne nous trompons pas, les États-Unis sont souvent précurseurs en matière de fédération d’énergies à une cause… et ça traverse toujours les océans, l’octobre rose vient bien du grand ouest (Estée Lauder). Avec les réseaux sociaux, les océans rétrécissent. Et c’est tant mieux !

Bonne année, mais surtout bonne décennie, celle-là va radicalement changer la donne.


NBCC The Breast Cancer Deadline 2020 —-> ici








Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 27 followers

%d bloggers like this: