Sortir le cancer de sa chape de silence et des lointaines mises au ban banlieusardes (c’est bien à ça que servaient initialement les "banlieues"…), bref parler ouvertement du cancer est une très-très bonne idée.
Si c’est pour insister sur le caractère d’urgence qui doit l’encadrer, si c’est pour accompagner la lutte d’une réelle volonté politique. Là où l’idée devient moins bonne c’est quand elle a pour effet de diluer les dégâts qu’il cause ; et franchement mauvaise si au passage cette idée dissimule la réalité de l’échec d’une guérison avérée.
Depuis longtemps, les campagnes de sécurité routière reposent sur un même concept : le choc. À la différence du cancer, l’accent est mis, et peut l’être, sur la prévention. Une attitude responsable, un respect des règles peuvent faire baisser le nombre des accidents. Mais surtout, cette notion de refus de l’inacceptable est partout présente.
Pour essayer de montrer le malaise qui me gagne à voir la cause cancer perdre toute la notion d’urgence qu’elle devrait créer, voici quelques montages de campagne de sécurité routière revisitées avec les messages propres à la lutte contre le cancer.
On y reconnaîtra le "c’est pas grave, c’est un cancer" d’une campagne TV ;
les héros dits "ordinaires" d’une campagne d’affichage ;
et les très récentes et optimistes manchettes des journaux qui raccourcissent le rapport de l’INCa* en titrant "Bonnes nouvelles" ou "La mortalité par cancer recule, diminue, baisse ! "
Glaçant. Non ?
Je comprends bien la volonté de parler d’espoir, mais dans le fond, c’est ce que je perçois.
Les seules campagnes qui semblent gagner sur le terrain du choc sont les campagnes anti tabac… pour la simple raison qu’elles ont un réel rôle préventif. Fumer c’est quand même ce qu’il y a de plus simple pour déposer un tas de matières cancérogènes au fin fond des poumons. Là y’a pas vraiment à tergiverser. On sait. Point.
Mais quand on n’a rien de vraiment concluant, alors on noie le poisson, et on dit qu’on avance, on dépiste, on communique, on découvre, on débanalise … et on dédramatise en même temps.
Je n’arrive pas à partager l’optimisme que soulève ce rapport de l’Inca* paru en novembre. Loin des acrobaties statisticiennes, je compte que :
• la moyenne des décès par cancer du sein entre 2003 et 2007 était de 11 260 femmes, pour une estimation de 11 500 en 2010 : c’est plus, c’est trop.
• la chute du taux de mortalité est de -1,2 pour 100.000 femmes, rapporté à la démographie**, ça représente au moins 377 vies : chaque vie est précieuse, c’est un début d’avancée… mais je ne vois pas en quoi on peut avoir une once d’optimisme quand on reste 11500 à être programmées au décès au lieu de 11877.
Que j’ai vécu les effets pervers d’une banalisation doublée d’une obligation de positivisme, ok, c’est trop tard, j’ai composé avec ; mais ce qui me fiche vraiment la trouille c’est de voir le machin continuer à gagner en guimauve, s’inscrire dans le paysage, et se normaliser.
Faire avec au lieu de contre. Ce serait vraiment le pire.
PS (le 22 nov.) : le photomontage de l’accident
de voiture a été un moment modéré,
pendant cette interruption
momentanée de lien,
je l’avais remplacé par ça —–>
* "Dynamique d’évolution des taux de mortalité des principaux cancers en France"
** La France compte environ 31,385 millions de femmes (Wikipedia)















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