Le soutien-gorge de la Femme-Amazone

30 04 2010

 

Soutien-gorge asymétrique
pour 1 seul sein
: le Souti1


Je recherche des femmes-amazones de diverses corpulences pour finaliser le développement des Souti1.

Il y a quelques semaines, c’est avec beaucoup d’émotion que je vous avais fait part de l’éclosion du Souti1. Depuis, j’ai beaucoup travaillé à son développement.

Avant de distribuer les Souti1 en ligne, il faut ajuster les différentes tailles. Les côtes du "standard amazonien" n’existent pas encore, ensemble, nous sommes en train de les inventer… Faites de votre sein le mannequin d’un jour, participez à cette formidable aventure humaine !

Les essayages ont lieu dans un atelier de lingerie à Paris (en mai 2010).

Pour tous renseignements :
mail : contact@souti1.fr
groupe Facebook du Souti1©

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Les Souti1 sont destinés à toutes les femmes qui ont perdu
un sein, celles qui ont choisi de rester amazones et celles qui le sont de passage … pour quelques instants de sereine liberté.

"Le cancer ne m’a pris ni ma vie ni ma féminité."

Modèle déposé – Copyright © Souti1





Les hommes naissent égaux entre-eux …

23 04 2010
… mais certains
sont plus égaux que d’autres.


L’Institut National du Cancer (INCa) a publié cette semaine un rapport sur la survie des patients atteints de cancers en France. Ce rapport va au-delà des chiffres et inscrit un nouveau mot dans le panorama du cancer : la guérison.

Le vocabulaire d’un statisticien et d’un médecin diverge : l’un parle de guérison, l’autre de rémission ; l’un fanfaronne et l’autre s’interroge.

La guérison d’un statisticien c’est : "le taux de survie relative à 5 ans". Un statisticien proclamera un cancéreux guéri quand, 5 ans après le diagnostic, il retrouve la même espérance de vie que l’ensemble de la population de même âge, de même sexe et n’ayant pas eu de cancer… et dont on présuppose aujourd’hui que la survie à 5 ans est prédictive de la survie à 10.

Pour continuer dans les chiffres (j’adore), en matière de cancer leur comptabilité est imprécise, ils sont eux-mêmes issus d’une projection statistique (la Maison du Cancer 02/2010)

Et pour couronner le tout il faut bien noter "qu’il ne s’agit pas de données nouvelles, mais d’une nouvelle façon de les analyser". Un état des lieux vieux de 10 ans, les plus récentes des données de ce rapport datent de 2001…

J’enchaîne : quand on a des chiffres, on les classe. Le tiercé perdant proposé par l’INCa est celui du pronostic : le bon, le moyen et le mauvais.

Là je m’arrête et je publie mon propre rapport : je crie!!!

À mon tour me lâcher en prospective : je pressens une déferlante de guérisons dans les manchettes des journaux. Et la cancéreuse que j’ai été, que je suis peut-être encore, va encore morfler : parce que face à une crise existentielle, je recevrai une fin de non recevoir. T’es guérie, tourne la page ; sois belle et tais-toi.

J’ai déjà perdu assez d’années de liberté et de longévité pour ne pas me laisser pourrir la survie par un statisticien. Mon cancer du sein est dans le peloton du "bon pronostic", il n’empêche qu’il est inexpliquablement récidiviste.

"Le risque résiduel à 10 ans en cas de cancer du sein est estimé entre 1,7 et 2,3 %, les valeurs les plus faibles étant observées chez les femmes âgées de 45 à 64 ans". Bingo : je retourne dans la case du minuscule 1 %. On me l’a déjà faite celle-là.

> Je veux guérir, je n’attends rien d’un statisticien, c’est la médecine qui va le faire. Très bientôt si on continue tous à exprimer une pressante exigence. Il est urgent d’être optimistes !
> Je veux être acceptée socialement, d’abord malade, ensuite avec des séquelles : ce sont les mentalités qui vont le faire.

Ou alors oui : je vais voir mon banquier et je lui refais le coup de l’emprunt immobilier, mais cette fois équipée du rapport de l’INCa. Ça le fera rigoler, je l’ai déjà poussé à la crise de nerf en 2002 (cancer n°1 + 3 ans). J’ai eu mon emprunt, oui malade, oui en survie, il a pris le risque d’être payé, il l’a été, entre 2 cancers.

On ne brise pas un tabou en l’édulcorant. On le fait d’abord exister, un peu à la façon d’un coming out.

Amoureusement,
affectueusement,
maternellement,
professionnellement,
amicalement,
financièrement,
jovialement vôtre,

Cathie, acharnée de survie.

La citation exacte de Coluche : Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres





Projection du film d’Anja Unger

10 04 2010


Il y a maintenant un an et demi, j’ai participé à quelques séquences du tournage d’un film documentaire sur les femmes amazones, celles qui ont perdu un sein dans leur lutte contre le cancer, et qui n’ont pas eu recours à la reconstruction chirurgicale, pour la plupart par choix.

Le moment était assez particulier pour moi : à l’époque j’étais en chimio contre le cancer n°2 tout en parlant de cancer N°1, celui qui m’avait faite l’amazone dont on recueillait le témoignage. Le cancer était à nouveau là, dans toute sa brutalité, et moi dans mon enragement à continuer une vie douce d’amazone sereine.

Making-of de la prise de vue d'Art Myers, un moment du tournage © Perrine Henault

Ce film va être projeté en avant-première dans quelques jours : le sujet existe maintenant, un film a été monté, va être projeté : les amazones gagnent en visibilité. Je n’ai aujourd’hui aucune idée du film dans son ensemble et de l’âme que la réalisatrice y aura insufflé. Sinon le texte qui suit, qu’elle m’a envoyé et qui m’enthousiasme :

"En 2000, suite à un cancer, Annick a subi l’ablation d’un sein. Elle a choisi de rester “asymétrique”. Mais le regard que portent les autres sur son corps reste blessant. Pour rompre le tabou et le silence sur les conséquences du cancer, elle monte avec d’autres femmes un projet d’exposition artistique autour de l’idée du ‘corps amazone.’

Avec l’aide du photographe américain Art Myers, le film questionne au-delà de la maladie cette réappropriation du corps qui est aussi un retour à la vie. Par ce jeu de regards et de représentations, “Le corps amazone” interroge la vision de la femme et de la beauté féminine soumis aux normes de la société. Annick est le fil rouge de notre récit. Le film la suit pendant la mise en place de l’exposition qui questionne notre vision du corps féminin.

Le travail du photographe approche la nudité du corps en apprivoisant le regard et en permettant ainsi la découverte de ces corps autrement que dans un mouvement de recul. L’image se révèle dans la mise en lumière de la pose. Il importe que le film donne à voir ces femmes, uniques et belles, autrement.

Luce, Bénédicte, Cathie et Lyne, femmes-amazones, chacune engagée différemment dans la bataille pour la vie, nous font découvrir à la fois leur force et leur fragilité, leur cicatrices, leur féminité et leur beauté.

Le film confronte des points de vue et déplace un tant soit peu le regard consensuel à travers l’image de ce qui pourrait apparaître pour certains comme irrecevable, l’ablation d’un sein.

Voir autrement, n’est-ce pas aussi comprendre autrement ? Si “le corps amazone” n’est pas un film sur le cancer du sein à proprement parlé, la maladie n’en est cependant pas moins présente, et ce, de façon indirecte. Evoquer le cancer fait penser à la mort, néanmoins, ce film est devenu une ode à la vie et à la beauté des femmes."

Anja Unger, réalisatrice.


Projection du film documentaire "le corps amazone" (74′)
Mercredi 5 mai 2010 à 20h30
Forum des Images, salle de l’Auditorium (2 rue du Cinéma, Forum des Halles, Paris)

L’accès est libre, RESERVATION PAR MAIL : assistant.wild-eye@wanadoo.fr
La séance sera suivie d’un débat en présence de la réalisatrice, des producteurs et de protagonistes du film, ainsi que de représentants de l’Institut Curie.


Anja Unger (réalisation), Arlette Girardot (image), Pascale Mons (son), Productions de l’Oeil Sauvage, © Art Myers (photographe)





Le poids du rien

5 04 2010

J’ai continué ma route là où cancer n°2 m’a trouvée : tête baissée dans une carrière en ascension. Les yeux rivés au sol j’ai continué la marche en pente. J’ai dématérialisé la lourdeur des traitements: job must go on.  Je faisais des pauses, proportionnelles à la pénibilité des chimios : quelques jours à la 1ère FEC et 2 semaines à la dernière taxotère. Une radiothérapie brûlante mais invisible.

Je n’ai pas caché la maladie, tout le monde savait que j’étais en traitement contre un cancer du sein. Mais je n’ai bousculé personne. Plus brune ou plus blonde, manucure et maquillage outranciers, pléthore de jupes. Un tourbillon d’accessoires qui camouflaient une nudité envahissante.

Minimiser l’impact d’un cancer pour continuer son rythme de quadra et lui donner le peu de gravité d’un rhume : ça donne une collection de "dé" : j’ai dématérialisé la douleur, j’ai dénarratisé mon quotidien, j’ai dégrossi les séquelles. Déni ?

Le clown de peu de censure que j’étais déjà à ce moment a continué son office : exhubérante discrétion.

Ceux qui ont reçu ce silence sont devenu capricieux, ils n’y ont vu ni pudeur, ni espoir. La possibilité d’une exigence qu’ils n’ont pas pour eux-mêmes. Maintenant j’entretiens à leur égard une cordiale dé-testation.

Pas dit, pas vu. Ce poids du rien est vachement lourd à trimballer. Je vais poser les valises. Dé-gager ou dé-gazer, je n’ai pas encore choisi. Mais dé-dénier, ça c’est sûr.








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