… mais certains
sont plus égaux que d’autres.

L’Institut National du Cancer (INCa) a publié cette semaine un rapport sur la survie des patients atteints de cancers en France. Ce rapport va au-delà des chiffres et inscrit un nouveau mot dans le panorama du cancer : la guérison.
Le vocabulaire d’un statisticien et d’un médecin diverge : l’un parle de guérison, l’autre de rémission ; l’un fanfaronne et l’autre s’interroge.
La guérison d’un statisticien c’est : "le taux de survie relative à 5 ans". Un statisticien proclamera un cancéreux guéri quand, 5 ans après le diagnostic, il retrouve la même espérance de vie que l’ensemble de la population de même âge, de même sexe et n’ayant pas eu de cancer… et dont on présuppose aujourd’hui que la survie à 5 ans est prédictive de la survie à 10.
Pour continuer dans les chiffres (j’adore), en matière de cancer leur comptabilité est imprécise, ils sont eux-mêmes issus d’une projection statistique (la Maison du Cancer 02/2010)
Et pour couronner le tout il faut bien noter "qu’il ne s’agit pas de données nouvelles, mais d’une nouvelle façon de les analyser". Un état des lieux vieux de 10 ans, les plus récentes des données de ce rapport datent de 2001…
J’enchaîne : quand on a des chiffres, on les classe. Le tiercé perdant proposé par l’INCa est celui du pronostic : le bon, le moyen et le mauvais.
Là je m’arrête et je publie mon propre rapport : je crie!!!
À mon tour me lâcher en prospective : je pressens une déferlante de guérisons dans les manchettes des journaux. Et la cancéreuse que j’ai été, que je suis peut-être encore, va encore morfler : parce que face à une crise existentielle, je recevrai une fin de non recevoir. T’es guérie, tourne la page ; sois belle et tais-toi.
J’ai déjà perdu assez d’années de liberté et de longévité pour ne pas me laisser pourrir la survie par un statisticien. Mon cancer du sein est dans le peloton du "bon pronostic", il n’empêche qu’il est inexpliquablement récidiviste.
"Le risque résiduel à 10 ans en cas de cancer du sein est estimé entre 1,7 et 2,3 %, les valeurs les plus faibles étant observées chez les femmes âgées de 45 à 64 ans". Bingo : je retourne dans la case du minuscule 1 %. On me l’a déjà faite celle-là.
> Je veux guérir, je n’attends rien d’un statisticien, c’est la médecine qui va le faire. Très bientôt si on continue tous à exprimer une pressante exigence. Il est urgent d’être optimistes !
> Je veux être acceptée socialement, d’abord malade, ensuite avec des séquelles : ce sont les mentalités qui vont le faire.
Ou alors oui : je vais voir mon banquier et je lui refais le coup de l’emprunt immobilier, mais cette fois équipée du rapport de l’INCa. Ça le fera rigoler, je l’ai déjà poussé à la crise de nerf en 2002 (cancer n°1 + 3 ans). J’ai eu mon emprunt, oui malade, oui en survie, il a pris le risque d’être payé, il l’a été, entre 2 cancers.
On ne brise pas un tabou en l’édulcorant. On le fait d’abord exister, un peu à la façon d’un coming out.
Amoureusement,
affectueusement,
maternellement,
professionnellement,
amicalement,
financièrement,
jovialement vôtre,
Cathie, acharnée de survie.
La citation exacte de Coluche : Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres
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